REFLEXIONES
La Geometría del Instante y el Olvido
Yo, que he pasado la vida doblegando el hierro con el rugido del fuego y la violencia del martillo, me detengo hoy ante la elocuencia muda de estas piedras. En mis manos de metalúrgico, acostumbradas a la rigidez que solo cede ante el calor extremo, estos cantos rodados se sienten como fragmentos de un tiempo líquido, una materia que no necesitó de mi fragua para ser perfecta.
Son los nómadas del lecho del río. Cada uno es un poema escrito por la corriente, una biografía de colisiones y caricias hídricas que han limado sus asperezas hasta dejarlos con la suavidad de un recuerdo antiguo. El agua, ese escultor invisible y paciente, ha hecho con ellos lo que yo intento hacer con la soldadura: unir lo que el caos mantenía disperso.
Al apilarlos, no solo busco el centro de gravedad de la materia, sino el centro de gravedad de mi propia existencia. Es una arquitectura de lo efímero. Cada piedra que coloco sobre la otra es una alegoría de nuestros propios días: nos sostenemos por milagro, apoyados en las cicatrices de quienes fuimos ayer, haciendo equilibrio sobre un presente que siempre amenaza con desmoronarse.
La Géométrie de l'Instant et de l'Oubli
Moi qui ai passé ma vie à plier le fer avec le rugissement du feu et la violence du marteau, je m'arrête aujourd'hui devant l'éloquence muette de ces pierres. Dans mes mains de métallurgiste, habituées à la rigidité qui ne cède que face à la chaleur extrême, ces galets se sentent comme des fragments d'un temps liquide, une matière qui n'a pas eu besoin de ma forge pour être parfaite.
Ce sont les nomades du lit de la rivière. Chacun est un poème écrit par le courant, une biographie de collisions et de caresses hydriques qui ont limé leurs aspérités jusqu'à les laisser avec la douceur d'un souvenir ancien. L'eau, ce sculpteur invisible et patient, a fait avec eux ce que j'essaie de faire avec la soudure : unir ce que le chaos maintenait dispersé.
En les empilant, je ne cherche pas seulement le centre de gravité de la matière, mais le centre de gravité de ma propre existence. C'est une architecture de l'éphémère. Chaque pierre que je place sur l'autre est une allégorie de nos propres jours : nous nous soutenons par miracle, appuyés sur les cicatrices de ceux que nous fûmes hier, en équilibre sur un présent qui menace toujours de s'effondrer.
Je leur ai donné de la couleur parce que le gris de l'éternité a parfois besoin d'un cri de joie. J'ai taché leur sobriété millénaire avec des pigments vibrants, non pour cacher leur origine, mais pour célébrer qu'en cette seconde précise, elles ont cessé de rouler pour devenir un totem. Ce sont des témoins silencieux qui ont maintenant une voix ; une voix qui parle de résistance passive, de la beauté de se laisser polir par les coups du destin et du courage de rester dressé quand tout autour de nous s'écoule et s'évanouit.





